09 août 2006

Réa

Mme P, petite dame agée de 90 ans, maigre, mais propre et bien dans sa tête. Elle est rentrée pour une suspicion d'OAP (oedème aigu du poumon), mais n'a réalité qu'une infection, au niveau des bronches.

 

Mme P est gentille, elle ne sonne pas souvent, probablement pour ne pas déranger.

Elle a du mal à respirer, dès qu'elle fait un effort, sa saturation en oxygène chute (jusqu'à 50 %, sachant qu'une saturation normale tourne autour de 98, 100%), elle lutte durement pour chaque inspiration.

Hier, elle m'expliquait qu'à 90 ans elle estimait avoir fait son temps, qu'elle ne ne vivrait plus rien de bien interessant, et qu'elle voulait donc partir, tout simplement.

Et voilà qu'aujourd'hui, le moment était venu. A nouveau, elle n'arrivait plus à respirer, mais ça durait. Inévitablement, son coeur à cesser de battre... Pour repartir aussitôt, le medecin présent ayant décidé d'une réanimation.

 Ce n'est pas choquant en soi.

C'est une décision difficile a prendre... 

Au médecin du service de réa ou a été transferé la dame, il a justifié sa décision en expliquant que la femme, bien qu'agée de 90 ans, était très bien dans sa tête.

Je ne peux m'empêcher de m'interroger. Sans juger, je suis surprise qu'on puisse réanimer quelqu'un d'aussi âgé, sans demander à qui que ce soit si elle s'était déja exprimée sur le sujet, en pensant que c'est le mieux, parce qu'elle est bien dans sa tête.

 

Ca m'a beaucoup fait réfléchir.

Si ça avait été une patiente à un stade avancé d'alzheimer, on lui aurait donné le droit de mourir, bien que la personne elle même n'ait pas conscience de son état. Ca aurait été un soulagement pour tout le monde: la famille, l'équipe soignante, la sécu...

Le cas ici est inverse. C'est un soulagement pour tout le monde, sauf pour la patiente, qu'elle reste en vie. La voilà piquée, branchée de partout, parce qu'une décision a été prise pour elle. Pas seulement par le médecin, en y réfléchissant. Nous sommes peut être tous responsables, de penser qu'il faut à tout prix sauver ceux qui ont encore la capacité de penser par eux même. Peut être parce que nous avons peur de cette mort en toute conscience. 

On entend souvent cette phrase: "elle est morte pendant son sommeil, elle ne s'est rendue compte de rien". Une phrase qui est censé soulager tout le monde.

 

La mort est pourtant une étape (ou non) que nous franchirons tous, mais qu'on nous apprend à craindre. Pour bien mourir, il faut soi tellement souffrir que la mort est préférable, soi être fou ou inconscient.

Cette crainte elle est raisonnée? Je ne sais pas, pour ma part. Je sais même pas si je dois être triste pour cette patiente, ou être heureuse qu'elle soit encore parmis nous, pour quelques temps au moins.

 

Je sais pas. mais quand même, jme demande...

 

 

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