15 juillet 2007

Une journée d'aide soignante à domicile [1]

Il est 6h15, nous sommes vendredi, mon réveil sonne depuis 5 mn. Je me lève, la bouche pateuse, pour me jetter sur mon café et ma première cigarette de la journée... Un peu moins vaseuse, je prend une douche, je m'habille, j'attrappe mon sac au vol et je part pour ma journée de travail.

Je ne connais pas encore les patients chez qui je vais aujourd'hui. J'ai donc préparé, la veille, mon petit plan, en repérant les rues ou ils vivent. Ma liste de patient, je l'ai eu la veille, au bureau, et j'en ai profiter pour récuperer les clefs de ceux qui nous les ont confiés.

Je suis un peu nerveuse, comme toujours quand j'ignore à qui j'aurai à faire: la premiere fois qu'on va chez un patient, ça prend toujours plus de temps, parce qu'on a pas de repères. Or, la bonne gestion du temps est importante: il faut consacrer a chacun le temps qui leur est necessaire, sans leser les autres ( prendre du retard signifie forcément un désagrément pour les personnes suivantes, surtout les dernières, chez qui on doit arriver normalement vers 12h, juste avant le repas...).

Comme toujours, je suis partie très en avance. Je dois être chez la première personne à 8h, je suis sur place à 7h40. Je cherche des yeux ce qui constitue pour moi le début de ma journée: un bar, dans lequel je vais prendre un café. J'aime bien ce moment, il me permet d'achever de me reveiller totalement et de souffler avant de commencer la matinée: jusqu'à 12h/12h30, je n'aurai plus le temps de m'assoir. J'en profite pour vider ma vessie, parce qu'il est possible que même pour ça, je n'ai pas le temps nécessaire.

 

 

8H, je sonne à l'interphone de mon premier patient. Sa femme m'ouvre et je découvre en discutant et en lisant notre petit classeur de transmission que je devrais m'occuper de son mari, totalement dépendant, pour une "toilette complète au lit".

Je vais voir le monsieur, qui est dans une pièce au fond, je lui dit bonjour, je me présente, je lui explique pourquoi je suis là, puis je prépare le matériel: une bassine avec de l'eau bien chaude (l'eau refroidi vite sur les gants de toilettes, plus elle est chaude a la base, moins le gant de toilette sera froid), les gants de toilettes, les serviettes, les gants jetables, le savon, les crèmes...

Avec l'aide de sa femme, nous déshabillons Monsieur K, puis je commence la toilette. D'abord le visage, sans savon, comme il le souhaite. Puis le torse, les bras et les mains. Viennent ensuite les jambes et les pieds. Je m'arrete alors, pour lui masser doucement les pieds, surtout les talons, avec de la crème hydratante. C'est ce qu'on appelle la "prévention d'escarres", que l'on doit faire à tous les points d'appuis du corps des personnes qui sont alitées ou qui ont perdu beaucoup de mobilité, afin d'éviter l'apparition de ces plaies redoutables et redoutées, car très douloureuses et difficile à guérir.

 Je change l'eau de la bassine, j'enfile mes gants et je détache la protection de son mari, qu'il porte en raison d'une incontinence totale. Je lui nettoie et sèche consciencieusement ses parties génitales. C'est un endroit particulier, d'abord parce qu'il s'agit d'une intrusion dans l'intimité d'un autre qui est désagréable pour tous (enfin, pas toujours ;) et ensuite parce que la surveillance ici est importante aussi: sous les couches, avec l'humidité et l'acidité de l'urine, ainsi que les selles, source potentielle d'infection, ça macère. La peau des plis de l'aine est particulièrement exposée, et il n'est pas rare de trouver la peau rouge, voir "coupée" et purulente à cet endroit. Ici , ce n'est pas le cas.

Je retourne changer l'eau de la bassine. Nous tournons, sa femme et moi, ce monsieur sur le coté. Je lui lave le dos, puis lui applique de la crème (toujours la prévention d'escarres) et enfin, je m'attaque aux fesses, souillées par des selles semi liquides mais heureusement par trop nauséabondes. Je supporte plus facilement la vue de matières que les odeurs fortes.

Une fois les fesses bien propres et sechées, là encore, je masse doucement les fesses, surtout en haut, au niveau du sacrum. Je met en place une nouvelle protection et nous pouvons aider se monsieur a se remettre sur le dos. Nous finissons par l'habiller, le réinstaller dans son lit le plus confortablement possible, nous remontons le dossier de son lit.

Je lui dit aurevoir ainsi qu'à sa femme, le soin est fini. Je note mes transmissions et je quitte leur appartement pour alle chez mon prochain patient...

 

 

 

 

 

 

 

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