09 septembre 2008
C'est comme ça que ça se passe...
"We don't look at this"
Elle me dit ça en me montrant l'intimité de sa soeur. Américaine, musulmane pratiquante, elle a souhaité s'occuper d'elle une dernière fois, pour que tout soit fait selon leur culture, leur croyance.
L'instant est emprunt d'une violence particulière. Les odeurs, les bruits, les émotions qui se mèlent autour de ce corps sans vie me mettent dans un état second. J'ai un peu peur de ne pas être à la hauteur. C'est ma première toilette mortuaire. Paradoxalement, il y a beaucoup de beauté, aussi, dans cet adieu. J'écoute les prières de la soeur en en devinant le sens. Je l'assiste en tenant la cuvette d'eau avec laquelle elle lave son visage, d'abord, puis ses mains, ses pieds et enfin, cet endroit qu'on ne doit pas regarder.
Puis je manipule, en essayant d'être douce, ce corps qui semble désarticulé. Nous l'habillons, la coiffons d'un foulard coloré, essayant de la rendre belle malgré les stigmates que lui ont laissé son cancer. Quand tout est fini, nous constatons que l'effet est réussi. Elle est belle, oui.
La boucle est bouclée.
**
Quand j'annonce à des gens, d'une petite voix, que je travaille en soins palliatifs, on me répond souvent que ça doit être dur. Ca l'est un peu, oui, mais je répond toujours que ça ne l'est pas tant que ça, que c'est gratifiant, humain, etc. Et c'est vrai. Pendant mes études j'ai souvent entendu parler des notions de "juste distance" comme si on ne devait pas ressentir quoi que ce soit, comme si on ne pouvait être soi même, comme si on ne devait être que des machines en blouse blanche d'humeur égale.
Pour moi, la juste distance, c'est celle qu'impose des rapports humains classique. Celle qui fait qu'on préfère telle personne plutôt qu'une autre, celle qui fait aussi, parfois, qu'on ne supporte pas quelqu'un. Bien sur, ça n'empeche pas d'avoir un minimum de maitrise de soi, d'être disponible et de faire correctement son travail avec les patients pour lesquel on a "du mal". Mais quand même, je suis contente de pouvoir être moi même. De ne pas avoir a culpabiliser d'éviter le contact tant que je peux avec une patiente qui m'insupporte.
23:40 Publié dans Aide soignante | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


Commentaires
J'ai appris que pas mal de sages-femmes travaillent également en soin palliatif. Il semble que le début et la fin de la vie soient des passages, à accompagner... Je ressens également cette cohérence là.
Ecrit par : Gayanée | 11 septembre 2008
Ma chérie,
Je ne voudrais pas être désagréable mais il semble que tes pubs gratuites ne soient pas à jour.
"Nade déblogue" est fermé depuis très longtemps.
Tu l'as peut-être laissé volontairement, remarque, pour la mémoire, pour le rire, pour la tendresse, parce que c'était vraiment-vraiment chouette...
Tu fais ce que tu veux, t'es chez toi, c'est juste pour dire.
Ecrit par : Mina | 22 septembre 2008
Tiens! Très juste. Je corrigerais ça un de ces quatre.
Merci!
Ecrit par : Severine | 22 septembre 2008
Et alors, miss, comment vas-tu?
J'espère que tu vis des moments sereins!
Bise!
Ecrit par : Gayanée | 12 novembre 2008
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