01 octobre 2007
Me revoilà...
Etudiante infirmière en 2ème année.
Coup de fil impromptu d'une directrice en mal d'étudiant, vous commencez demain, cash, comme ça.
Après 2 semaines de cours intenses, de rattrapages en tous genre, me re voilà en stage, condamnée à nouveau pour les 2 ans a venir à soupirer dans ma tête, a garder mon sourire scotchée sur le visage, et a bassiner ma pantoufle avec ce qui me choque, ou ce qui m'émeut.
Me voilà dans une Maison d'Accueil Spécialisée, lieu de vie de polyhandicapés aux passés multiples et parfois très troublant.
D'entrée de jeu, je comprend que mes deux premières semaines de stage vont être peu riche en enseignement. L'AS est contente de me voir, ils ont plein de travail, ont pris du retard en pause le matin, doivent le rattrapper. Me voilà à servir de main d'oeuvre, non payée, pour un travail que je sais faire et pour lequel je suis qualifiée, mais pas pour lequel j'ai signé mon inscription en IFSI.
Le seul point positif: humainement, c'est très intéressant.
Mais là, je n'ai pas que envie de contact (même si j'aime ça!), j'ai soif de savoir, de voir les spécificités de la structure, de n'en pas perdre une miette, pour rajouter à mon bagage ces soins que je n'ai pas fait, et que je ne ferai peut être plus.
Je veux APPRENDRE!
Est-ce trop demander quand on est étudiant?
Bien sur, ça et là, je grignote quelques enseignements pratiques. Mais pas là ou je devrais les trouver. Les dossiers de soins, c'est interessant, on y apprend, mais la base du stage, c'est quand même la pratique.
Et je m'inquiètes de perdre la main sur les soins vu en 1ere année, non pratiqués pendant mon report de 10 mois.
Serais je obligée, quand je serai IDE, à devoir passer la main parce que je ne sais pas faire? Serais je obligée de limiter mes choix de carrière à des structures que j'ai vue, vue et revue? A avoir peur d'être seule dans un service?
Ce n'est pas ma conception de cette profession. Je veux pouvoir être efficace. Etre sure de moi.
Merde.
21:25 Publié dans Brève d'une étudiante infirmière | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
21 août 2007
Triste...
Il est des patients qui nous marquent plus que d'autre.
Monsieur P à une maladie orpheline de type SLA: Sclérose Latérale Amyotrophique. Un nom barbare pour une maladie barbare. Ce n'est donc pas vraiment une SLA, donc, mais c'est vraiment comme ci.
L'évolution de sa maladie a été fulgurante. En moins d'un an, il est passé du stade "marche, parle, se sert de ses bras, de ses mains" au stade "allongé 24h/24, ne peut plus utiliser ni main, ni jambe et a un mal fou à parler".Je ne l'ai connu qu'il n'y a qu'un mois, il était donc déja au lit.
Et j'ai vite accroché.
Malgré la difficulté croissante pour communiquer, le courant passe plutôt entre nous. Le fait que dès le premier jour je lui ai poser directement les questions qui m'interessait pour l'aider au mieux, plutôt que de demander à sa femme à jouer en ma faveur ( c'est un malade "difficile", m'avait on dit).
J'admirait beacoup son obsession de rester propre, malgré son alitement. C'est ainsi que malgré les protections qu'on lui mettait jour et nuit, il persistait à demander à sa femme de le mettre sur la chaise percée, pour qu'il fasse ses besoins presque comme tout le monde.
Et depuis 2 jours, il a décidé d'éliminer dans ses couches.
Sa femme était trop épuisée pour tenir le rythme et il ne parvennait plus à l'appeler, car il n'a plus assez de souffle.
Ce changement, appris au cours de la réunion d'aujourd'hui, me prend aux tripes.
Parce que c'est un nouveau pallier dans son évolution.
Parce qu'il est jeune.
Parce qu'il refusait jusqu'alors de se laisser aller à ça.
Parce que ça doit être une chose incroyablement dure à accepter.
Ca faisait deux semaines que je ne l'avais pas vu. Et je le vois demain. J'en suis contente: je fini bientôt de travailler dans ce service de soins à domicile et j'aimerai lui dire aurevoir. Surement pour la dernière fois...
PS: Je lui ai dit aurevoir. Il a pleuré. J'ai pleuré. Monde de merde.
18:40 Publié dans Aide soignante | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Une journée d'aide soignante à domicile [2]
Mon patient suivant est un peu plus loin. Je m'allume une cigarette, rituel totalement débile qui fait que je fume 2 fois plus quand je bosse que quand je suis chez moi.
La aussi, je ne connais pas le patient que je vais voir. Après un rapide coup de fil à une collègue, parce que le code de l'immeuble que j'avais noté n'était pas le bon, je tocque à la porte de monsieur T.
Et là encore, c'est sa femme qui m'ouvre la porte. Elle est mal voyante, mais se repère très bien chez elle. Je fais connaissance avec son mari, et c'est parti pour une "aide à la toilette au lavabo". J'aide monsieur à baisser son pantalon et lui présente une chaise devant le lavabo. je ferme la bonde, et fais couler l'eau chaude pendant que je l'aide a enlever son tricot de peau.
Comme ce monsieur ne comprend visiblement pas ce que je lui dit et ce que je lui montre (je ne pense pas toujours a fouiller dans le dossier pour trouver les pathologies, qu'on trouve rarement d'ailleur, notre classeur restant à domicile étant a la vue de tous les gens qui peuvent venir sur place, secret professionnel oblige), je me rend compte qu'en fait d'une aide, je vais plus probablement devoir tout faire moi même. Ca ne me dérange pas, c'est juste frustrant, en tant que soignant, de ne pas pouvoir faire participer à sa toilette un homme relativement valide.
Je vais du plus prore au plus sale, comme presque toujours (la seule dérogation à cette règle étant une protection trop souillée, dans ces cas là, pour le confort du patient, on commence par là), et je fini donc par la toilette intime. Monsieur porte un "pants", c'est à dire une couche qui s'enfile comme une culotte, très pratique pour les gens qui sont capable d'aller aux toilettes mais qui on parfois de petits accidents. Je lui enlève sa protection et m'occupe de la toilette intime. Je le sèche, et m'apprete à lui mettre une protection propre...
Et là, ce sont les chutes du niagara. Je me souvient pourtant lui avoir demandé si il souhaitait aller aux toilettes avant qu'on aille a la salle de bain. Tant pis, ce monsieur n'y est pour rien et n'avait probablement pas compris ma question. Me voilà obligée d'éponger le sol, de renettoyer ses jambes, ses pieds et ses chaussons, qui heureusement n'étaient pas en tissu.
Quand je ressort de chez lui, je suis en nage.
Je vais chez mon patient suivant, encore un homme qui vit avec sa femme qui s'occupe de lui. Il est en assez bonne forme, malgré une tumeur au cerveau, inopérable, qui lui laisse peu de chance de le rester lontemps. Là encore, ce sera une toilette au lavabo. Je le ferai participer à tout ce qu'il pourra faire.
Mon patient suivant est une patiente, dont j'ai la clef. Je sonne à sa porte avant d'ouvrir, par respect pour elle et pour limiter les risque de la surprendre (il arrive que des patients dont nous avons la clef soient un peu sourd, voir carrément, et ont leur fait souvent le temps une trouille bleue en apparaissant subitement à coté d'eux!). Cette dame est charmante. Elle à toute sa tête, mais une polyarthrite rhumatoïde la cloue dans lit médicalisé. Chez elle, tout est réglé comme du papier à musique. Je ne suis plus qu'une paire de main qui agit à sa place, si ce n'est qu'on discute agréablement pendant le soin. Je prépare ses médicaments, après une toilette rapide, note mes transmissions et m'en vait pour voir mon avant dernier patient.
18:15 Publié dans Aide soignante | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15 juillet 2007
Une journée d'aide soignante à domicile [1]
Il est 6h15, nous sommes vendredi, mon réveil sonne depuis 5 mn. Je me lève, la bouche pateuse, pour me jetter sur mon café et ma première cigarette de la journée... Un peu moins vaseuse, je prend une douche, je m'habille, j'attrappe mon sac au vol et je part pour ma journée de travail.
Je ne connais pas encore les patients chez qui je vais aujourd'hui. J'ai donc préparé, la veille, mon petit plan, en repérant les rues ou ils vivent. Ma liste de patient, je l'ai eu la veille, au bureau, et j'en ai profiter pour récuperer les clefs de ceux qui nous les ont confiés.
Je suis un peu nerveuse, comme toujours quand j'ignore à qui j'aurai à faire: la premiere fois qu'on va chez un patient, ça prend toujours plus de temps, parce qu'on a pas de repères. Or, la bonne gestion du temps est importante: il faut consacrer a chacun le temps qui leur est necessaire, sans leser les autres ( prendre du retard signifie forcément un désagrément pour les personnes suivantes, surtout les dernières, chez qui on doit arriver normalement vers 12h, juste avant le repas...).
Comme toujours, je suis partie très en avance. Je dois être chez la première personne à 8h, je suis sur place à 7h40. Je cherche des yeux ce qui constitue pour moi le début de ma journée: un bar, dans lequel je vais prendre un café. J'aime bien ce moment, il me permet d'achever de me reveiller totalement et de souffler avant de commencer la matinée: jusqu'à 12h/12h30, je n'aurai plus le temps de m'assoir. J'en profite pour vider ma vessie, parce qu'il est possible que même pour ça, je n'ai pas le temps nécessaire.
8H, je sonne à l'interphone de mon premier patient. Sa femme m'ouvre et je découvre en discutant et en lisant notre petit classeur de transmission que je devrais m'occuper de son mari, totalement dépendant, pour une "toilette complète au lit".
Je vais voir le monsieur, qui est dans une pièce au fond, je lui dit bonjour, je me présente, je lui explique pourquoi je suis là, puis je prépare le matériel: une bassine avec de l'eau bien chaude (l'eau refroidi vite sur les gants de toilettes, plus elle est chaude a la base, moins le gant de toilette sera froid), les gants de toilettes, les serviettes, les gants jetables, le savon, les crèmes...
Avec l'aide de sa femme, nous déshabillons Monsieur K, puis je commence la toilette. D'abord le visage, sans savon, comme il le souhaite. Puis le torse, les bras et les mains. Viennent ensuite les jambes et les pieds. Je m'arrete alors, pour lui masser doucement les pieds, surtout les talons, avec de la crème hydratante. C'est ce qu'on appelle la "prévention d'escarres", que l'on doit faire à tous les points d'appuis du corps des personnes qui sont alitées ou qui ont perdu beaucoup de mobilité, afin d'éviter l'apparition de ces plaies redoutables et redoutées, car très douloureuses et difficile à guérir.
Je change l'eau de la bassine, j'enfile mes gants et je détache la protection de son mari, qu'il porte en raison d'une incontinence totale. Je lui nettoie et sèche consciencieusement ses parties génitales. C'est un endroit particulier, d'abord parce qu'il s'agit d'une intrusion dans l'intimité d'un autre qui est désagréable pour tous (enfin, pas toujours ;) et ensuite parce que la surveillance ici est importante aussi: sous les couches, avec l'humidité et l'acidité de l'urine, ainsi que les selles, source potentielle d'infection, ça macère. La peau des plis de l'aine est particulièrement exposée, et il n'est pas rare de trouver la peau rouge, voir "coupée" et purulente à cet endroit. Ici , ce n'est pas le cas.
Je retourne changer l'eau de la bassine. Nous tournons, sa femme et moi, ce monsieur sur le coté. Je lui lave le dos, puis lui applique de la crème (toujours la prévention d'escarres) et enfin, je m'attaque aux fesses, souillées par des selles semi liquides mais heureusement par trop nauséabondes. Je supporte plus facilement la vue de matières que les odeurs fortes.
Une fois les fesses bien propres et sechées, là encore, je masse doucement les fesses, surtout en haut, au niveau du sacrum. Je met en place une nouvelle protection et nous pouvons aider se monsieur a se remettre sur le dos. Nous finissons par l'habiller, le réinstaller dans son lit le plus confortablement possible, nous remontons le dossier de son lit.
Je lui dit aurevoir ainsi qu'à sa femme, le soin est fini. Je note mes transmissions et je quitte leur appartement pour alle chez mon prochain patient...
18:06 Publié dans Aide soignante | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29 juin 2007
L'article qui ne sert à rien.
Tranches de vies partagées avec des inconnus, dont on ne sait rien, et qu'on ne reverra plus...
Entre la gare du nord et la gare de l'est, Paris:
_ Ce papy, d'origine arabe, qui m'avait arrêté en pleine rue pour me faire la bise, il était très souriant, avait l'air de croire qu'on se connaissait, et me parlait en arabe (du coup, j'ai rien compris). Je ne me suis pas débattue, pas de raison. Je lui ai sourit à mon tour, et j'ai continué mon chemin. 30/45 secondes.
Gare de Lyon, Paris:
- Un sdf me demande une cigarette, et tient à me donner 30 centimes en échange. Je refuse. Il s'assoit a coté de moi. Discussion sur le milieu médical, sur sa vie, sa galère. 20 mn.
Un bar dont j'ai oublié le nom, Haguenau:
-Je suis une habituée de ce bar, j'y vais dès que j'ai un moment de libre, pour lire, écrire, réfléchir. Cette fois un homme s'installe a ma table. Nous discutons de choses et d'autre, ma vie, la sienne... 1 heure.
Gare de Manosque:
-J'attend que ma pantoufle vienne me chercher, il aura du retard, il est en réunion. Il y a cette femme, qui attend aussi. Nous échangeons un sourire. Nous allons prendre un café ensemble. 45 mn.
Gare du Nord, Paris:
-Rencontre innombrables dans cette gare qui a mauvaise réputation, surement a cause de ses couleurs. J'y ai rencontrer des tas de gens. Des types bourrés, des types qui veulent un numéro qu'ils n'auront jamais ( je refuse toujours, poliment, mais surement), des gens qui veulent juste passer le temps. C'est dans cette gare que j'ai fait mes armes en rembarrage de mecs lourds. C'est aussi là que j'ai le plus souvent pu exercer mon anglais approximatif. C'est la gare ou les temps d'attentes n'ont jamais été ennuyant et bien au contraire d'une richesse impressionante, si on sait s'y prendre.
Train Paris/Strasbourg:
-Nous sommes dans un compartiment fermé, ou il fait bon vivre. Des quanrantenaires sont avec moi, ils ont ramenés de la bière. Nous échangeons bières, cigarettes et humour. 4h.
Train Sarrebruck/Strasbourg:
-Compartiment encore. Un jeune homme, allemand originaire du Nigéria, entame la discussion. Nous discuterons pendant tout le trajet en un mélange amusant d'allemand et d'anglais. 1h30.
Tant d'autre encore...
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