06 mars 2008
C'te bonne blague...
Imaginez vous.
Une simple chambre. Il y’a une fenêtre, un lit électrique, un fauteuil, une table de chevet, une petite salle de bain, avec des wc. Un téléphone, une télé.
Et il y a vous. Dans le lit, ou sur le fauteuil.
Vous êtes ici parce que vous êtes vieux. Vous ne pouvez plus rester seul chez vous, ou dans votre famille. Parce que c’est trop dur, vous avez besoin d’aide pour beaucoup de choses, et c’est plus pratique d’avoir des gens à porter de main pour leur demander de l’aide si nécessaire.
Vous aimiez bien faire la grasse matinée. Ici, ce n’est plus possible, le petit déjeuner est servi à 8h, et puis, vous n’êtes plus si fatigué, vu que de jour comme de nuit, pour ne faite que vous reposer.
Vous aimiez prendre votre douche le soir, après une journée bien remplie.
Ici, vous ne pouvez pas, l’équipe d’après midi dit que ce n’est pas son travail, et puis, ils ne sont pas beaucoup, l’après midi, alors que le matin, là, il y’a du monde. On se dépêche de vous aider vous installer sur la chaise, devant le lavabo, et pendant que vous faites ce que vous pouvez faire, une femme en blouse blanche, ou parfois un homme, refait votre lit. Puis vient vous laver le dos et les pieds, que vous n’atteignez plus. Et vous aide à vous habiller.
Le temps de quelques phrases échangées, sur le temps qu’il fait, sur les actualités de la télé, sur la dernière visite de votre fils, et vous êtes de nouveau seule, là, sur le fauteuil.
Vous vous apprêtez, comme d’habitude, à affronter une journée identique à toutes les autres.
Ici, les gens que vous croisez tous les jours sont des soignants. Ils connaissent votre nom, votre numéro de chambre. Il savent que vous avez un fils, et une fille décédée avant vous. Il savent quelle profession vous exerciez auparavant. Avant d’être vieux. Il savent si vous mangez un repas normal ou mixé. Combien de fois vous faites caca par semaine. Ils connaissent vos habitudes, pour votre toilette quotidienne, comment vous aimez que soit installé autour de vous les choses que vous voulez garder à portée de main. La télécommande de la télé, à votre droite, a coté de la sonnette (grâce à laquelle vous pouvez appeler quelqu’un, de jour comme de nuit, qui viendra vous remettre le coussin sous votre tête) et le bouquin que vous a ramener votre fils à sa dernière visite, à votre gauche, à coté des lunettes.
Ces gens que vous croisez sont tous différents. Certains parlent fort, et sont trop directif a votre goût, ça vous agace un peu. D’autre sont plus sympa, prennent le temps de passer vous voir, dans l’après midi, pour discuter un peu. Mais tous ont un point commun, en plus de leur blouse : ils ont une relation avec vous qui est particulière. On l’appelle relation soignant/ soigné. Ca veut dire que pour eux, vous êtes avant tout un patient. Ca veut dire que pour vous, il n’est pas question de développer plus qu’une petite familiarité avec eux, cette même familiarité que vous aviez avec votre épicier, faite de « bonjour », de « comment allez vous ? ».
Si vous les envoyez balader, vous serez « recadré ».
Si vous leur posez des questions trop personnelles sur eux, ils éluderont.
Et vous, vous vous ennuyez. Oh, de temps en temps, il y a bien une petite sortie de prévu, histoire de vous occuper, avec les autres. Il y a la voisine de chambre, aussi, avec qui vous pouvez parler un peu de vos vies mutuelles. Mais bon, quand même, vous vous ennuyez.
Ici, presque tous les jours se ressemblent. Vous ne rencontrez plus de nouvelles personnes. Vous ne découvrez plus que ce que la télévision vous montre. Vous êtes en dehors de la société. Vous ne discutez plus de vos journées, vous n’avez que votre passé, parce que votre présent est vide de sens. Vous mangez, vous dormez, vous allez aux toilettes, vous lisez, vous regardez une série télé, vous prenez vos médocs… Tout vos besoins élémentaires sont pris en charges. Mais rien ne se passe. Vous n’êtes plus qu’une coquille un peu vide. Votre cœur bat encore, fièrement. Votre cerveau fonctionne parfaitement. Vos jambes vous soutiennent encore un peu. Vous êtes en vie.
Ou pas ?
PS : Ce sont les personnes âgées de plus de 65ans qui détiennent le record du taux de suicides. Et il est plus élevé en institution qu’à domicile (2 à 3 fois plus…)
21:29 Publié dans Aide soignante | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : vieux, déprime, institution

